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  Jasmine Narcisse
Mémoire de femmes
Marie-Jeanne
     
 
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On sait très peu de Marie-Jeanne. Confinés uniquement dans ces hauts faits qui ont vu sa gloire, les rares éléments qui semblent parler de sa personne frappent comme étonnamment muets sur ces petits détails de naissance et d'ambiance qui, pour affecter quelquefois une excessive frivolité, ne sont par moins seuls, dans ce cas, à pouvoir rendre palpable une destinée. Aussi, plus que tenté se retrouve-t-on aujourd'hui de ne la voir autrement que comme un trait de feu exemplaire dont, dans une gravure à l'eau forte d'une guerre meurtrière, serait illuminé comme une invite l'anonymat désespéré d'une foule uniquement mue par le souci de la riposte, anonymat du reste qu'elle se ferait fort de regagner après coup, l'action étant assurée de son éclat et de sa suite.

Compagne inséparable de Lamartinière, elle ne manque pas en effet de se distinguer hautement à ses côtés dans cette «Crête-à-Pierrot assiégée par une armée française de plus de 12.000 hommes. Vêtue d'un costume genre mamelouk, elle portait un fusil en bandoulière et un sabre d'abordage attaché à un ceinturon d'acier. Une sorte de bonnet emprisonnait son opulente chevelure dont les mèches rebelles débordaient de la coiffure. Sous la pluie des projectiles, Marie-Jeanne allait d'un bout à l'autre des remparts, tantôt distribuant des cartouches, tantôt aidant à charger les canons. Et lorsque l'action devenait plus vive, crânement elle se précipitait au premier rang des soldats et jouait de la carabine avec un entrain endiablé.»(1)

Sa présence active dans ce fort ne laissant aujourd'hui encore d'impressionner, on comprend l'étonnement des contemporains et le caractère épique des relations qui en sont restées:

«Auraient-ils pu, ces braves, fléchir un instant quand la voix courageuse d'une femme les exhortaient à s'ensevelir sous les ruines du fort? Marie-Jeanne, femme de couleur, indigène du Port-Républicain, d'une éblouissante beauté, abandonnant les préoccupations de son sexe, venait à chaque assaut que donnaient les Français, affronter la mort sous les remparts. Une ceinture d'acier, à laquelle était suspendu un sabre, entourait sa taille, et ses mains armées d'une carabine envoyaient hardiment le plomb meurtrier dans les rangs français. Elle avait lié sa destinée à celle de Lamartinière et combattait toujours à ses côtés.» (2)

«... De loin, les Francais surveillaient leur œuvre de destruction quand, stupéfaits, ils virent, sur les murailles du fort, une femme qui excitait les combattants. C'était Marie-Jeanne, la compagne de Lamartinière. Le sabre au côté, la carabine à la main, elle partageait tous les périls des héroïques défenseurs de la Crête-à-Pierrot.»(3)

Que devient Marie-Jeanne après la retraite de la Crête-à-Pierrot? Le Nouvelliste du 19 mars 1907 publie à ce propos deux témoignages édifiants. Le premier est de Joseph Barthe et frappe autant d'une conviction, nous dirions, entendue que d'une singularité souriante et tapageuse. En effet, laissant entendre qu'il tient son fait de tradition orale, celui-ci ne nous fait pas moins une révélation curieuse: «Après la mort de Lamartinière, Marie-Jeanne fut pendant quelque temps la maîtresse de Dessalines et épousa ensuite un officier distingué de l'armée haïtienne... Larose.» Lewis Pouilh, le second en liste, sans nécessairement confirmer ces dires leur offre cependant ce cadre de probabilité, de vraisemblance, pourrions-nous dire, leur permettant du coup d'accéder au rang de piste: «Lamartinière, après la fameuse retraite de la Crête-à-Pierrot, fut suivi par sa maîtresse, la brave Marie-Jeanne. Lamartinière, dans la retraite, tomba même malade dans un champ de canne en se rendant aux Cahos pour rejoindre Dessalines. C'est dans ce champ de cannes qu'il fut (...) remis sur pied (...) par Marie-Jeanne. Dessalines aimait beaucoup Marie-Jeanne à cause de sa vaillance, de sa beauté, de sa jeunesse. Lamartinière mort, Marie-Jeanne se lia d'amour avec un officier qui avait combattu à la Crête-à-Pierrot à côté d'elle. Je tiens ces renseignements, que je ne crois pas apocryphes, de mes vieux parents qui ne sont plus... D'ailleurs, le général Bonhomme Morisset, mon grand oncle, se trouvait dans le fort avec Lamartinière. Il a donc suivi cet intrépide général et Marie-Jeanne lors de la retraite; Il n'était pas même âgé de quinze ans.» (4)

 

(1) Windsor Bellegarde in Dantès Bellegarde, op.cit. p223.

(2) Madiou, op.cit. Tome II, p273.

(3) Dr. J.C. Dorsainvil, op.cit. p114.

(4) Jean Desquiron, Haïti à la une, Tome III, p93.

 
     
 
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