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  Jasmine Narcisse
Mémoire de femmes
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«S’il existe des vues d’ensemble sur notre histoire, il n’est cependant pas aisé de trouver une monographie ou une biographie complète et la tâche devient, par conséquent, éminemment difficile pour ceux qui veulent se pencher uniquement sur un seul personnage».

Marceau Louis

A l’origine de ces portraits, il y a la commande de l’UNICEF: un relevé biographique sommaire d’Haïtiennes marquantes de notre histoire, dans leurs particularités, leur domaine d’action et leur champ d’intérêt; commande d’aucune exigence particulière sur l’allure d’ensemble du texte, et qui, pour la forme et pour le ton, se révélait par conséquent, d’une marge appréciable d’orientation.

Une tentative d’aligner en vrac des noms, parmi les plus connus, nous a retrouvée dans une ignorance flagrante de notre propre passé et, face à une figure saillante, dans une honteuse incapacité à placer autre chose que des poncifs. Nous nous sommes alors attelée à la documentation disponible, mettant surtout à contribution, toutes les fois que cela a été possible, la mémoire de quelques personnes-ressource. Les constats devinrent alors effarants :

  • Nos historiens, généralement peu bavards sur le chapitre des femmes, semblent s’accorder à n’aborder les entreprises féminines autrement que comme faire-valoir.
  • Absence en Haïti de tradition propre de Mémoires? Traumatismes liés à des périodes dures de notre histoire et qui nous verraient prisonniers irrémédiables du silence? Volonté d’occultation d’entreprises par trop tranchées? A moins d’un demi-siècle à peine, certains pans de notre passé sont tout près déjà de sombrer dans l’oubli. Les rares publications portant sur les personnalités féminines, esquisses de période de combat, se réduisent à ces portraits de femmes souvent trop appuyés et aujourd’hui peu répandus de La Voix des femmes et Femmes haïtiennes (respectivement revue et publication ponctuelle de La Ligue féminine d’action sociale datant des années 40), de L’Haïtienne face à l’histoire de Marcelle Désinor, panégyrique peu soucieux de rigueur historique et de Haïti et ses Femmes de Madeleine Sylvain-Bouchereau (1953), première tentative, jusque-là largement inégalée, de cerner la femme haïtienne dans ses composantes diverses et dont le souci synthétique ne pourra se passer à l’époque de «pauses de présentation» de certaines figures et entreprises féminines marquantes. Sinon, on ne comptera guère que quelques articles de journaux, de revues, rappelant à l’occasion une femme à la mémoire, et bien sûr, un ou deux ouvrages ou publication à thème spécifique (Ex:Visages de femmes, Portraits d’écrivains, Madeleine Gardiner; Violences faites aux femmes, Enfofanm, etc.).
  • Enfin, considération d’édition peut-être, mais loin d’être de moindre intérêt: Ardue quelquefois s’est révélée, dans des ouvrages donnés pour être de référence mais nullement structurés en conséquence, la recherche, sans recours d’index, de quelque nom ou information, avec généralement comme unique repère une période, plus rarement une date. Le temps imparti à la recherche ayant été plutôt court, nous n’avons aucune certitude de n’avoir omis quelques détails judicieux.
    Pour ce qui est plus précisement des figures présentées, la tentation a été grande, dans un premier souci de réhabilitation et de justice, de faire feu de tous bois et d’élire par avance tout nom qui se présenterait, mais, pour des raisons diverses, il a fallu, on s’en doute bien, arrêter certains critères de choix. Tout en aménageant, autant que possible donc, un espace de citation pour un maximum de femmes actives, nous nous sommes résolue à céder le pas aux pionnières et aux précurseurs, à celles initiatrices d’actions marquantes et enfin à celles ayant joui à leur époque d’une notoriété évidente, et, le temps n’ayant pas encore opéré sa nécessaire décantation, nous cantonnant pour la génération actuelle dans un vague survol d’initiatives et de noms dont un répertoire exhaustif reste à faire.

    Au bout de tout cela, un relevé de portraits où certains détails biographiques pointus, inégalement partagés d’ailleurs d’une femme à l’autre, tout en ne laissant de constituer des repères intéressants, se veulent en fait accessoires; le panorama d’un certain cheminement des femmes à travers notre histoire; la redécouverte de certaines fermetés, de certaines assiduités si fructueuses tantôt et si rares de nos jours; la possibilité d’une lecture volontairement généreuse certes mais non entachée pour autant de velléités complaisantes. Revoir ces femmes défiler dans l’histoire, tenter avec elles de réécrire l’histoire peut être source de dynamisme, une arme redoutable de sensibilisation.

    Nous jouons dangeureusement à être un peuple sans mémoire. Nous nous permettons d’espérer que Mémoire de femmes joue à rappeler cette rapidité avec laquelle s’efface le passé non consigné.

 
     
 
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